Les experts qui ont dessiné une feuille de route en oubliant d’y mettre la route

En septembre 2025, le ministère fédéral nigérian des Communications, de l’Innovation et de l’Économie numérique a publié la version actualisée de la National Artificial Intelligence Strategy (stratégie nationale d’intelligence artificielle). Quatre-vingts pages. Cinq piliers stratégiques. Trente-quatre stratégies. Une déclaration de vision sur l’ambition de devenir un leader mondial de l’innovation en IA éthique et inclusive.

Tout ça, c’est du vent

Enfin, techniquement, non.

À la lecture attentive, c’est un document impressionnant sur les intentions.

  • Plus de 150 parties prenantes y ont contribué.
  • L’analyse SWOT est honnête sur les lacunes d’infrastructure du Nigeria.
  • La matrice de risques est plus rigoureuse que celle de la plupart des documents stratégiques africains comparables.
  • Les gens qui l’ont rédigé comprennent manifestement le paysage dans lequel ils opèrent.

Mais comprendre un paysage et construire quelque chose qui le change sont deux activités différentes. Et l’écart entre les deux compte énormément pour chaque bâtisseur, chercheur et praticien qui attendait de cette stratégie qu’elle lui dise quelque chose d’actionnable.

Ce que le document réussit

Rendons-lui justice : la NAIS identifie correctement les problèmes fondamentaux de préparation du Nigeria à l’IA :

  • Une infrastructure électrique peu fiable.
  • Une capacité de centres de données famélique.
  • Une fuite des cerveaux qui s’accélère plus vite que les filières de talents ne peuvent compenser.
  • Des dépenses de recherche et développement de 0,2 pour cent du PIB contre une moyenne mondiale de 2,2 pour cent.
  • Des débits qui classent le Nigeria 111e au monde sur le mobile et 140e sur le haut débit fixe.

Il nomme aussi directement le problème de gouvernance, listant les défis de gouvernance et l’incertitude réglementaire comme faiblesses explicites dans sa propre analyse SWOT. Ce genre de lucidité institutionnelle n’est pas rien.

Le document intègre de véritables infrastructures juridiques comme le National Data Protection Act, le Cybercrimes Act, le droit existant de la propriété intellectuelle, de sorte que son pilier gouvernance ne flotte pas sans ancrage. Et il cite même des cadres internationaux établis, dont le NIST AI Risk Management Framework et le modèle de gouvernance AIGN, plutôt que de réinventer des principes à partir de zéro.

Pour un document de stratégie nationale produit par un ministère, ce sont de vraies forces.

Ce que le document ne peut pas faire

C’est là que ça devient… problématique. Un document stratégique qui identifie correctement chaque obstacle puis propose d’y répondre par des plateformes de collaboration, des campagnes de sensibilisation et des centres d’excellence n’a rien résolu. Il a simplement décrit le problème avec assez de détail pour paraître sérieux dans sa résolution.

La NAIS n’a pas de budget : pas de fourchette indicative, pas de pourcentage du PIB en cible, pas d’enveloppe de financement par pilier.

Chaque stratégie — du déploiement de centres nationaux de calcul haute performance au lancement d’accélérateurs d’IA à travers le Nigeria — est présentée sans le moindre ancrage financier. Une stratégie qui dit « établir des centres nationaux de HPC » sans dire combien cela coûte ni d’où vient l’argent n’est pas une stratégie. C’est un vœu avec de la mise en page. Peu importe qu’on dépense 100 000 dollars ou 10 milliards… on est toujours dans le budget.

Les trente-quatre stratégies sont présentées à poids égal, sans aucune logique de séquencement. L’infrastructure doit précéder le développement des talents, qui doit précéder l’adoption, qui doit précéder l’application de la gouvernance. C’est une chaîne de dépendances réelle et lourde de conséquences que la stratégie ne reconnaît pas.

Quand tout est prioritaire, l’effet pratique est que rien ne l’est.

Les KPI, mentionnés comme concept méthodologique dans la conclusion, ne sont jamais réellement intégrés aux piliers de la stratégie. Il n’existe aucun mécanisme par lequel la NITDA ou le NCAIR pourraient être tenus redevables d’un résultat précis déclaré à l’avance. La redevabilité est gestuelle plutôt que structurelle.

Le plan de Schrödinger

Le document de septembre 2025 n’est pas la première version. Le projet d’août 2024 avait circulé publiquement avant lui, et ce projet d’août 2024 contenait une section 1.5 intitulée Implementation Plan (plan de mise en œuvre).

Elle comptait quatre sous-sections nommées : structure de gouvernance et mécanismes de coordination, jalons clés et calendriers, cadre de suivi et d’évaluation, allocation des ressources et mécanismes de financement.

Chacune de ces sous-sections était vide.

Des titres sans rien dessous.

Selon le document lui-même, un atelier de quatre jours conduit par le ministre, tenu du 15 au 18 avril 2024 avec plus de 150 parties prenantes, a produit une feuille de route de mise en œuvre avec des objectifs mesurables et des dépendances documentées.

L’atelier qui a produit cette stratégie ne s’intitulait pas « Developing a National AI Strategy for Nigeria ». Il s’intitulait « Developing the High-level Strategy and Implementation Plan for a National AI Strategy for Nigeria ».

Le document affirme explicitement que les sessions ont « articulé la vision nationale de l’IA, des objectifs d’impact mesurables, la feuille de route de mise en œuvre, les structures de gouvernance et les étapes nécessaires pour catalyser le Nigeria vers une économie portée par l’IA, avec une vue dégagée sur les dépendances critiques ».

Cette feuille de route n’apparaît pas dans le projet d’août 2024.

Elle n’apparaît pas dans la version de septembre 2025.

Elle n’a été publiée nulle part.

Plus révélateur encore, la version finale de septembre 2025 a conservé le paragraphe d’introduction décrivant l’atelier et ses livrables de mise en œuvre, affirmant toujours que ces livrables avaient été validés lors de sessions de suivi entre juillet 2024 et janvier 2025.

La stratégie elle-même n’en contient aucun.

Aucune note n’explique cette absence.

Le document passe simplement à la suite.

Le projet d’août 2024 était au moins structurellement honnête : il reconnaissait, à travers ces titres vides, que la planification de la mise en œuvre était une composante requise qui n’avait pas été achevée. Mais cela soulève une question à laquelle le document ne répond jamais : l’atelier explicitement convoqué pour produire ce plan de mise en œuvre a eu lieu quatre mois avant la publication de ce projet. Qu’est-il advenu de ces livrables ?

  • Les sessions ont duré quatre jours.
  • Plus de 150 parties prenantes y ont participé.
  • Le ministre y a assisté en personne.

Selon le document lui-même, les sessions ont produit des objectifs d’impact mesurables, une feuille de route de mise en œuvre et des dépendances claires. Rien de ce travail n’est visible nulle part dans ce qui a été publié.

La version de septembre 2025 fait ensuite une tentative paresseuse de dissimulation en supprimant les titres vides, permettant à un lecteur de passage de supposer que la stratégie est plus complète qu’elle ne l’est. Aucune explication. Aucune reconnaissance.

Qu’a-t-on ajouté en échange ?

Une référence au programme national de connectivité haut débit — une initiative nationale dont les propres données citées par le document montrent qu’elle n’a pas atteint ses cibles.

Une déclaration de vision légèrement resserrée. Un classement Oxford Insights mis à jour reflétant la progression du Nigeria de la 103e à la 94e place, attribuée spécifiquement à la dimension « vision » du cadre de mesure.

Autrement dit, le Nigeria a amélioré son score de préparation à l’IA principalement en possédant un document stratégique d’apparence plus crédible.

Le théâtre de la participation

La NAIS se décrit comme le produit d’un développement de politique publique inclusif, collaboratif, parti de la base. L’avant-propos souligne l’implication active de multiples parties prenantes. La conclusion documente un processus de revue publique ouvert aux individus et aux organisations.

Ces affirmations ont été mises à l’épreuve.

Le Nigerian Ethical AI Framework, une architecture de conformité et de gouvernance pour les systèmes d’IA opérant au Nigeria développée de manière indépendante, a été soumis directement au ministère via son adresse e-mail officielle et les formulaires de son site web.

Une candidature bénévole a été déposée auprès du collectif nigérian de l’IA auquel le ministère appelait explicitement.

Une relance a été faite auprès du collectif quand aucune réponse n’est venue.

« Nous sommes heureux que vous vous intéressiez au travail du collectif. Quelqu’un de l’équipe vous contactera bientôt. Bienvenue dans le Nigeria AI collective. »

C’était en juin 2025.

Silence radio complet depuis.

Quand un document stratégique revendique l’ouverture aux contributions extérieures puis ne produit aucune preuve documentée que ces contributions ont façonné les livrables, le langage participatif devient une forme de signalement de légitimité.

Quelle que soit l’intention, cela crée une impression trompeuse pour les bailleurs internationaux et les organisations partenaires dont les engagements de ressources dépendent du genre de processus inclusif que ce langage laisse entendre.


À la recherche de la route

Avant de tirer des conclusions, je suis allé chercher le contre-argument.

La NAIS de septembre 2025 cite le Strategic Roadmap and Action Plan 2.0 de la NITDA comme cadre aligné.

Le glossaire utilise un langage officiel qui laisse entendre qu’une architecture structurée de mise en œuvre existe quelque part. Et franchement, il serait peu charitable et carrément bâclé de soutenir que 150 experts ont passé quatre jours avec un ministre sans rien produire qui ait atterri quelque part.

Alors je suis allé chercher.

Le Strategic Roadmap & Action Plan de la NITDA (SRAP 2.0) existe ! 🎉

C’est un document de 33 pages couvrant l’orientation stratégique de la NITDA de 2024 à 2027, et au premier abord, le trouver a été un immense soulagement.

Bien sûr que le travail de mise en œuvre était allé quelque part.

Bien sûr qu’un atelier conduit par un ministre avec plus de 150 parties prenantes avait produit des livrables qu’une agence professionnelle avait ensuite opérationnalisés en feuille de route de livraison.

Ce serait la séquence logique. C’est ainsi que les choses sont censées fonctionner.

Je l’ai donc parcouru systématiquement, avec quatre questions précises tirées directement de ce que la NAIS promettait :

  1. Le SRAP 2.0 met-il en œuvre les cinq piliers de la NAIS ?
  2. Ses cibles IA correspondent-elles aux stratégies de la NAIS ?
  3. Comble-t-il les quatre sections vides du projet d’août 2024 — structure de gouvernance, calendrier de jalons, cadre de suivi, allocation des ressources ?
  4. Le rôle du NCAIR est-il spécifié avec des responsables redevables et des échéances ?

La réponse aux quatre est

Non

Le SRAP 2.0 ne correspond jamais à la structure en cinq piliers de la NAIS et ne la met jamais en œuvre.

L’IA y apparaît comme l’une de six technologies émergentes à égalité sous un seul pilier, listée aux côtés des drones, de l’IoT, de la robotique, de la blockchain et de la fabrication additive.

Il n’y a pas de section IA autonome, pas de correspondance avec l’architecture de la NAIS, et aucun traitement de la NAIS comme document distinct nécessitant un soutien dédié de mise en œuvre.

Les cibles proches de l’IA dans le SRAP 2.0 — 40 articles de recherche, un taux de commercialisation de 20 pour cent, 17,5 millions de dollars levés — sont des indicateurs génériques répartis sur les six technologies émergentes. Elles ne correspondent à aucun pilier stratégique de la NAIS. Elles se lisent comme de la promotion d’économie numérique, pas comme de l’exécution de la NAIS.

Sur les quatre sections vides : le SRAP 2.0 n’a pas d’architecture de gouvernance spécifique à l’IA. Il a des cibles de fin d’année mais pas de jalons par phase, pas de repères trimestriels, rien qui constitue un calendrier de mise en œuvre échelonné.

Ses indicateurs de succès existent sous forme de grands visuels chiffrés tout au long du document, mais il n’y a aucun mécanisme de suivi, aucun organe de revue nommé, aucune cadence de reporting, aucun protocole de réponse aux écarts. Et il n’y a aucun chiffre budgétaire nulle part dans le document. Aucune ligne allouée à l’IA, au NCAIR, ni à aucun de ses huit piliers.

Le NCAIR apparaît deux fois. Une fois dans une rétrospective des réalisations passées. Une fois comme livrable futur : « réaffecter le NCAIR pour créer un AI and Cybersecurity Experience and Incubation Centre », avec une échéance en 2024. Cette échéance est passée.

Le SRAP 2.0 lui-même ne contient aucune vérification d’achèvement. Aucun responsable redevable n’est nommé nulle part dans le document. Il traite l’IA comme une composante d’un agenda d’économie numérique plus large. La NAIS, dans la mesure où elle existe comme document de politique publique, n’y a aucune colonne vertébrale de mise en œuvre visible.

La NAIS cite le SRAP 2.0 comme cadre aligné, tandis que le SRAP 2.0 cite la NAIS une seule fois — listée comme l’une des sept politiques relevant de la responsabilité d’exécution de la NITDA, coincée entre la National Blockchain Policy et la National Data Strategy.

Une reconnaissance d’une phrase en page 8 : voilà l’intégralité du traitement que le SRAP 2.0 réserve à la stratégie nationale d’IA du Nigeria.

  • Aucun pilier de la NAIS n’est mis en correspondance avec un pilier du SRAP 2.0.
  • Aucun jalon propre à la NAIS n’apparaît où que ce soit dans le plan quadriennal du SRAP 2.0.
  • Aucun budget, aucun responsable nommé, aucune architecture de livraison n’existe pour la stratégie que la NITDA a formellement listée comme relevant de sa responsabilité d’exécution.
  • Aucun des deux documents ne contient le travail de mise en œuvre que l’atelier d’avril 2024 avait été convoqué pour produire.

Des objets en forme de mesure

Le SRAP 2.0 n’est pas purement aspirationnel. Il a des cibles chiffrées, des échéances de fin d’année et une certaine différenciation entre jalons. Cela le rend plus structuré que la NAIS, mais cela n’en fait pas un plan de mise en œuvre.

Les chiffres sont réels… j’espère.

  • 3 millions de talents tech formés d’ici 2027.
  • 70 % de littératie numérique atteints d’ici 2027.
  • 40 % de réduction des cyberattaques réussies.
  • 444 espaces d’innovation établis à l’échelle nationale.
C’est louche

Ces chiffres apparaissent tout au long du document dans de grands visuels en gras, donnant aux pages la grammaire visuelle de la redevabilité. Mais grammaire visuelle et architecture de redevabilité sont deux choses différentes, et le SRAP 2.0 a la première sans la seconde.

Ce qui est complètement absent, c’est tout ce qui donnerait à ces chiffres un sens d’engagements de gouvernance plutôt que de cibles aspirationnelles.

Il n’y a aucun chiffre budgétaire dans le document. Pas un seul naira ni un seul dollar n’est alloué à un pilier, une initiative ou une cible. Sans allocation de ressources, un plan stratégique n’est rien de plus qu’une liste de souhaits.

Il n’y a aucun responsable redevable nommé. Chaque initiative flotte sans affectation. « NITDA will… » est ce que le document offre de plus proche d’une redevabilité. Aucune direction n’est nommée. Aucun fonctionnaire n’est responsable. Aucune unité n’est identifiée comme pilote de livraison pour un engagement précis.

Il n’y a aucune architecture de conséquences. Rien dans le document ne précise ce qui se passe si la cible PKI de 2025 est manquée, ou si le 3MTT livre 900 000 talents au lieu de 3 millions. Il n’y a pas de protocole de remédiation, pas de voie d’escalade, pas de déclencheur de redevabilité. Les cibles existent dans un environnement sans conséquences.

Il n’y a aucun mécanisme de suivi. Aucun organe de revue n’est établi. Aucune cadence de reporting n’est définie. Aucune structure de supervision nommée n’existe. Aucune disposition d’audit par un tiers n’est prévue. Les indicateurs de succès apparaissent comme des éléments de design graphique tout au long du document. Ils ne sont reliés à aucun système qui suivrait, vérifierait ou réagirait à leur atteinte ou à leur échec. La plupart des cibles sautent directement du présent à 2027, sans aucun point de contrôle intermédiaire. Il n’y a pas de jalons trimestriels ou semestriels qui permettraient une correction de trajectoire avant qu’une cible soit entièrement manquée.

Sur la rétrospective

Le traitement que le document réserve au SRAP 1.0 mérite une attention particulière, parce qu’il révèle le même schéma opérant en sens inverse — utiliser l’apparence de la redevabilité pour en esquiver la substance.

Le SRAP 1.0 a achevé 41 initiatives sur 64. Le document présente cela comme la preuve d’une mise en œuvre efficace. Le taux d’échec de 36 pour cent est reformulé ainsi : « les 23 initiatives restantes ont été reportées dans le SRAP 2.0 ». Le travail inachevé a été silencieusement reconduit au cycle suivant, sans aucune analyse des raisons de l’échec de ces 23 initiatives, de ce qu’elles ont coûté, ni de ce que leur échec a signifié pour les Nigérians qui en dépendaient.

C’est un signal d’alarme majeur déguisé en planification de continuité. Dans tout audit sérieux d’administration publique, un échec d’initiatives inexpliqué et reconduit sans analyse de redevabilité serait une découverte préoccupante.

Le traitement du financement des startups exige la même précision. La NITDA a directement accompagné 345 startups, obtenu 400 000 dollars et 382 millions de nairas en subventions, et participé à des forums internationaux dont GITEX et LEAP. Ce sont les retombées directes documentées de l’intervention de la NITDA.

Le document affirme ensuite que « ces efforts ont significativement contribué à la croissance de l’écosystème nigérian d’innovation technologique, aidant les startups nigérianes à créer plus de 10 000 emplois et à lever plus de 5 milliards de dollars entre 2019 et 2023 ».

Lisez attentivement la structure de cette phrase. La NITDA a obtenu 400 000 dollars. L’écosystème a levé 5 milliards. L’expression « ont significativement contribué à » jette un pont entre ces deux chiffres sans établir le moindre mécanisme causal.

Les 5 milliards ont été levés par un écosystème au sein duquel la NITDA opère. La revendication implicite de contribution est techniquement déniable, parce que le document ne dit jamais que la NITDA a levé 5 milliards — mais fonctionnellement, il place un résultat de 5 milliards de dollars dans le même paragraphe que l’intervention de 400 000 dollars de la NITDA, et les relie avec un langage de causalité.

Au lieu d’une attribution exacte, nous avons une structure rhétorique conçue pour survivre à la contestation tout en suggérant un mérite qu’elle ne peut étayer.

Le verdict honnête

Le SRAP 2.0 ne survivrait pas à un audit sérieux d’administration publique, parce qu’il ne peut répondre à trois questions élémentaires auxquelles tout plan de mise en œuvre doit répondre :

  • qui est responsable
  • quelles ressources sont engagées
  • que se passe-t-il quand les cibles sont manquées.

Les cibles chiffrées lui donnent l’apparence d’une architecture de redevabilité. L’absence de chiffres budgétaires, de responsables nommés, de protocoles de conséquences et de mécanismes de suivi fait de cette architecture un décor. Le Nigeria a désormais une stratégie nationale d’IA sans plan de mise en œuvre, et une feuille de route d’agence d’exécution sans infrastructure de mise en œuvre.

Les experts ont dessiné une feuille de route, mais la route n’est pas dans la stratégie, et elle n’est pas dans la feuille de route.

Elle n’a été trouvée nulle part dans l’architecture de gouvernance numérique publiée du Nigeria.

Nous avons donc toute une industrie qui vole à l’aveugle.


À quoi ressemble réellement un cadre applicable

L’absence d’architecture de conséquences dans la NAIS n’est pas une particularité nigériane. C’est le mode de défaillance caractéristique des stratégies nationales d’IA à l’échelle mondiale, et il est plus aigu dans les environnements institutionnels faibles, où l’écart entre la déclaration de politique et son application est structurellement large.

Un cadre de gouvernance de l’IA applicable exige au minimum : un cycle de conformité avec des points d’entrée définis, une classification des risques, des exigences d’audit par des tiers, et des résultats de certification binaires plutôt qu’aspirationnels.

Il exige des structures de pénalités avec des chiffres précis attachés à des violations précises. Il exige un organe d’application dont l’indépendance est garantie architecturalement plutôt qu’affirmée rhétoriquement — c’est-à-dire dont le budget, le processus de nomination et les obligations de publication sont structurellement isolés des ministères qu’il supervise.

Il exige, par-dessus tout, une architecture de conséquences.

Un système où les résultats déclenchent des réponses automatiquement, au lieu d’attendre un décideur humain réunissant à la fois l’autorité et la volonté politique d’agir.

Cette combinaison d’autorité et de volonté est rare dans n’importe quel environnement institutionnel. Concevoir des systèmes de redevabilité qui en dépendent, c’est concevoir des systèmes qui échoueront au moment exact où l’on en aura besoin.

La NAIS n’a pas cela. Elle nomme des organes et des aspirations, mais ne décrit jamais la procédure bureaucratique par laquelle un système d’IA non conforme serait identifié, audité, sanctionné et corrigé. Elle liste un AI Governance Regulatory Body comme résultat, sans préciser qui le nomme, comment son budget est protégé, ni quelle autorité légale déclenche ses actions d’application.

Ce n’est pas une lacune que les documents de politique ultérieurs combleront facilement, parce que la structure d’incitations qui a produit un document stratégique sans architecture de conséquences est la même qui produira les documents suivants sans elle.

Ce que cela veut dire pour vous

Si vous êtes un chercheur en IA nigérian, un bâtisseur, un fondateur de startup ou un praticien qui attendait de la NAIS qu’elle donne une direction, le message honnête est celui-ci : la direction qu’elle fournit est limitée, et ces limites sont structurelles plutôt qu’accidentelles.

La stratégie vous dit que le gouvernement s’est formellement engagé à faire du développement de l’IA une priorité nationale. Cet engagement change la façon dont les bailleurs internationaux abordent les projets d’IA nigérians, il crée des points d’accroche institutionnels utilisables pour plaider en faveur de ressources précises, et il signale aux partenaires étrangers qu’il existe un environnement de politique publique avec lequel il vaut la peine de dialoguer.

Ce que la stratégie ne peut pas vous dire, c’est comment un système d’IA que vous construisez sera gouverné, quelles exigences de conformité seront réellement appliquées, quel sera le coût réel de la non-conformité, ni si les engagements d’infrastructure du document se matérialiseront dans un délai pertinent pour les décisions que vous prenez maintenant.

Vous opérez, au sens le plus pratique, sans carte fiable.

Ce n’est pas une raison d’arrêter de construire. C’est une raison de construire en regardant lucidement l’environnement dans lequel vous êtes. Les bâtisseurs qui traverseront le mieux cette période ne sont pas ceux qui attendent une clarté d’en haut qui n’arrivera peut-être jamais sous une forme actionnable. Ce sont ceux qui ont fait le travail de comprendre les contraintes réelles de l’environnement, ses véritables lacunes d’application, ses opportunités authentiques, et qui construisent en conséquence.


La NAIS est un document utile, mais pas un document suffisant. La différence entre les deux est lourde de conséquences, et les gens qui comprennent cette différence sont mieux positionnés que ceux qui ne la comprennent pas.

Les cadres dont l’écosystème nigérian de l’IA a réellement besoin — architecture de conformité opérationnelle, systèmes de conséquences automatisés, structures de gouvernance qui survivent aux cycles politiques — n’attendent pas que le gouvernement les produise. Ils peuvent être développés de manière indépendante, testés dans la pratique, et poussés dans la conversation politique par le bas plutôt que reçus d’en haut.

Ce travail est déjà en cours. La question est de savoir si assez de gens dans cet écosystème comprennent suffisamment clairement sous quoi ils construisent pour exiger mieux — et pour le construire eux-mêmes quand l’exigence reste sans réponse.

Le Nigerian Ethical AI Framework (NEAIF) et Governing by Data sont des cadres développés de manière indépendante qui répondent aux lacunes de conformité et de redevabilité identifiées dans cette analyse.

Les deux sont publiquement disponibles.